Albertville

jeudi 15.01.2015, 14:00

« A mon avis, ce sont des fous »

Mohamed Seyah et Mohamed Belbal respectivement président et secrétaire de l'association culturelle des Albertvillois de confession musulmane (association qui emploie l'imam de la mosquée de l'avenue du Champs de Mars) évoquent leur religion après les récents actes terroristes revendiqués par des islamistes.


Une musulmane interviewée dimanche dans la manifestation parisienne disait qu'elle avait mal à sa religion depuis quelques jours, pourriez-vous dire de même ?
Mohamed Seyah : Ça nous a faits mal. Tout le monde se sert de notre religion pour dire des conneries abominables.
Mohamed Belbal : Les premiers qui vont en subir les conséquences ce sont les musulmans qui vont être persécutés, vont subir des agressions. On n'est pas dupes. Il va y avoir un amalgame qui va être fait aussi bien par les médias que par le quidam moyen.
Après, on a une ligne de conduite qui est évidente : nous condamnons cette violence parce qu'elle ne fait pas du tout partie de notre religion. Notre religion prône la tolérance et la paix. Une chose qui est claire et ça c'est le prophète qui le dit "celui qui tue un Homme a tué l'Humanité entière et celui qui sauve un Homme sauve l'Humanité toute entière". À partir de là, nous condamnons ces actes de violence commis au nom de la religion musulmane.
Je crains que l'on nous regarde de manière suspecte quand quelqu'un porte le voile ou la barbe.
Est-ce difficile pour un croyant musulman de dire "je suis Charlie" ?
Mohamed Belbal : Notre prophète, paix et bénédiction sur lui, nous dit une chose qui est très simple et qui va être universelle et qui va faire comprendre aux gens qui ne sont pas musulmans ce qu'est la religion musulmane : blesser (dans le sens vexer) un être humain quel qu'il soit ne fait pas partie de notre religion. On ne peut pas vexer quelqu'un au nom de la religion, il faut éviter les polémiques.
On a été atteint par ces caricatures. Si vous pensez que c'est humoristique de se moquer de quelque chose qui est sacré pour certains, je ne partage pas le même humour que vous. "Je ne suis pas Charlie" parce qu'il m'a vexé. Il a blessé 1,5 milliard de musulmans. Il avait le droit de faire ces caricatures.
On défend la liberté : on a été faire le rassemblement hier et la marche la semaine dernière. Mais, s'il y avait une manifestation pour soutenir Charlie Hebdo et soutenir les caricatures, je n'irai pas.
Quel message, l'imam a-t-il fait passer vendredi lors de la prière ?
Mohamed Belbal : Exactement ce que l'on vous a dit : nous condamnons forcément les actes de violence. Cela ne fait aucunement partie de notre religion.
Les terroristes se revendiquent de l'Islam. Quel Islam prônez-vous, en quoi est il différent ?
Mohamed Belbal : Si il y a une différence, c'est que les personnes qui ont commis ces actes n'étaient pas dans leur état normal. À mon avis, ce sont des fous. Aujourd'hui, quand on a envie de faire le buzz, de se faire voir, on tape un peu sur les musulmans. Quand on a envie de vendre un livre, on tape sur les musulmans (Houellebecq), quand on a envie de vendre un journal, on tape sur les musulmans (caricatures). Cela fait une semaine que ça s'est passée et il y a déjà eu 51 mosquées qui ont été taguées ou agressées. Est-ce que c'est de l'anti-islam ou pas ?
Vous faites un lien entre radicalisation et montée de l'anti-islamisme ?
Mohamed Belbal : Je ne peux pas dire s'il y a un lien entre cet anti-islamisme et la radicalisation.
Mohamed Seyah : La banlieue n'a rien à voir là-dedans. La première cause de la radicalisation, c'est Internet. Tout le monde le dit.
Votre mosquée a un rôle de transmission d'un message religieux de tolérance et de paix. Comment voyez-vous ce rôle à l'avenir pour permettre à celui-ci d'être compris, y compris par ceux qui pourraient être tentés par la radicalisation ?
Mohamed Belbal : On l'aborde de la façon la plus simple possible. Je ne vais pas changer d'attitude parce que notre ligne de conduite, elle est claire. Notre religion, c'est une religion de paix. Je ne vais pas changer parce qu'il y a des hurluberlus qui ont fait ce qu'ils ont fait.
Certes, on a un rôle de transmission. Mais, la seule différence qu'il va y avoir c'est de ne pas céder à la provocation. Moi, j'ai une peur bleue en tant que père et mari que mes enfants et ma femme se fassent agressés parce qu'ils sont musulmans. Or, depuis que l'on est arrivé en France, on est musulman et le voisin ne se plaint pas. Aujourd'hui, à cause d'un illuminé, je ne peux pas vivre ma vie de citoyen et de musulman tranquille.

ENTRETIEN REALISE PAR
VIRGINIE PASCASE


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