Albertville

jeudi 22.01.2015, 14:00

Elles vendent leurs corps et assument

Stationnée sur le bord de la route, elles attendent le client. Pas de racolage actif, elles ne sont pas inquiétées par la gendarmerie qui vérifie régulièrement leur identité. Elles reçoivent également la visite de l'Amicale du Nid, une association qui leu Stationnée sur le bord de la route, elles attendent le client. Pas de racolage actif, elles ne sont pas inquiétées par la gendarmerie qui vérifie régulièrement leur identité. Elles reçoivent également la visite de l'Amicale du Nid, une association qui leu

On aperçoit leur camion ou leur silhouette sur le bord de la route. Nous avons cherché à connaître l'histoire le plus souvent tenue secrète de ces femmes qui se prostituent.

Deux d'entre elles, exerçant à proximité d'Albertville, ont accepté de se livrer.
Nous l'appellerons Acha. Elle accède à notre demande de l'interviewer dans un sourire et nous invite dans sa camionnette blanche bien chauffée et simplement décorée qu'elle a aménagée elle-même. Elle parle sans détour de sa vie qui fut marquée par une succession d'épreuves qui l'ont amené ici à se prostitution.
Pourtant, cette Française d'origine camerounaise est infirmière. Un métier qu'elle a appris en Afrique et qu'elle n'a pas pu pratiquer une fois arrivée en France. Venue pour rejoindre son mari français, elle est employée comme agent de service hospitalier (l'équivalent d'une femme de ménage) dans un hôpital. Bien que la direction de ce dernier lui ait promis de la former pour qu'elle puisse exercer comme aide soignante compte tenu de ses compétences, elle n'a rien vu venir. « Ils m'ont trimballé pendant 5 ans », déplore Acha.

« Je ne suivais plus »
Ensuite, la vie a fait le reste. Un divorce difficile avec son mari, il y a un an et demi. Elle se retrouve seule avec deux enfants à élever.
Puis, confrontée à des lourds problèmes de santé, elle finit par démissionner de son poste à l'hôpital. « J'ai eu une ablation totale de la thyroïde. J'étais toujours fatiguée et on me demandait toujours plus : l'usine. Je ne suivais plus. Par manque d'effectif, on me faisait revenir, parfois trois week-ends d'affilé », relate cette maman de 46 ans. Même encore aujourd'hui, elle subit des sautes d'humeur, son médecin n'arrive pas à stabiliser le dosage de son traitement. Elle est suivie pas un psychiatre. En dépression, elle a démissionné ne bénéficiant de rien.
Comment elle en est venue à se prostituer, elle ne s'étale pas. La nécessité de survivre à l'évidence. Nous n'en saurons pas plus : un client se gare en face du camion, il faut partir. Une bonne nouvelle pour elle, car les temps sont durs. « C'est calme, hier c'est pareil il n'y a même pas eu un client », avoue-t-elle. À l'entendre, il pourrait s'agir d'une activité comme les autres. Ses tarifs  ? 30 euros la fellation et 50 euros l'amour comme elle dit, même s'il ne s'agit pas de cela.

Nous travaille en intérim »

Elle se dit indépendante, son camion lui appartient, assure-t-elle. Plus loin sur la route entre Albertville et Saint-Pierre d'Albigny, Babila (elle souhaite rester anonyme) prétend la même chose. À 35 ans, cette Camerounaise l'avoue tout de go : «  A mon âge, je ne travaillerais pas pour quelqu'un ». Elle affirme partager son camion avec quatre autres femmes pourtant "des cousines" sans être très claire sur l'identité et le lien qui la lie à ces femmes. Une description qui tranche nettement avec celle que fait l'amicale du nid, une association qui vient en aide aux travailleuses du sexe (cf. encadré ci-dessous).Nous /> Babila est plus floue sur sa vie qu'Acha. Elle raconte être domiciliée dans l'Indre, à Issoudun. Elle vient ponctuellement en Savoie, dort à l'hôtel. « On le fait pour compléter nos fins de mois. Je travaille en intérim. J'ai 3 à 4 jours de travail normal par semaine. Je suis auxiliaire de vie. Mais il n'y a pas des remplacements tout le temps », reconnaît la trentenaire. Là encore, l'exigence de la survie prédomine. En France depuis 8 ans, elle n'a pas la nationalité et elle a 4 enfants âgés de 8 à 15 ans qui vivent au Cameroun et qu'elle n'a pas réussi à faire venir. C'est pour eux qu'elle vient ici, vendre ses charmes.
« Il faut que je m'occupe d'eux, les scolarise, les habille, les soigne », confie-t-elle.
Leur père est décédé. Seule à assumer, elle fait face coûte que coûte. « Quand on fait cela, nos enfants ne le savent pas.
Quand on fait un choix on l'assume. personnellement, cela ne me dérange pas. C'est mon choix »
, souligne Babila.

Libre ne pas tout accepter
Un choix à l'évidence contraint mais le mot témoigne de la force de ces femmes que l'ont pourrait imaginer soumises parce qu'elles se soumettent aux désirs des hommes. Il n'en est rien. Même si elles ont besoin de clients pour vivre, elles disent toutes deux ne pas tout accepter et en tous les cas être intransigeantes quant au port du préservatif. « Si quelqu'un te demande des choses, tu es libre d'accepter » , soutient Babila. Cette dernière le revendique mais cela semble loin de la réalité : « Je n'ai pas de contrainte, je peux arrêter si je veux ». Quand nous leur demandons si elles y ont songé à la faveur, par exemple, de la visite de l'Amicale du nid, elles gardent le silence. Pour finalement, repousser cette possibilité à plus tard pour Babila. « D'ici peu, si je suis fatiguée... »
VIRGINIE PASCASE

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