Albertville

jeudi 12.02.2015, 14:00

Dépanneur : une profession où l'on côtoie les extrêmes

«Il y a certains soirs où j'ai eu du mal à trouver le sommeil» consent le professionnel. Il faut dire que certaines scènes sont insupportables. «Il y a certains soirs où j'ai eu du mal à trouver le sommeil» consent le professionnel. Il faut dire que certaines scènes sont insupportables.

Ponctuellement, une chaîne câblée propose une émission intitulée "les dépanneurs de l'extrême". Très bien faite, la série retranscrit les aventures de sociétés de dépannage contraintes de manoeuvrer dans un territoire hostile.

En Savoie, cette spécialité n'est pas soumise aux mêmes difficultés, n'empêche, ceux qui l'exercent doivent avoir le coeur bien accroché pour assurer la partie technique de leurs interventions comme surmonter la dimension psychologique de chacune d'entre elle. André Depollier exerce ce métier depuis trente ans en parallèle à son activité de carrossier. Et il en a vu.
Lorsqu'il est de permanence, l'homme peut être appelé à toute heure, par n'importe quel temps, pour tout type de problèmes. Si son métier a beaucoup changé ces dernières années avec davantage de déplacements pour des pannes plus que pour des accidents, il sait qu'il doit se préparer à encaisser des scènes aussi dramatiques que cruelles : « Sur les 5 ou 6 dernières années, j'estime à - 30 ou - 40 % les interventions pour des accidents, les gens sont plus prudents et les voitures plus fiables... la peur du gendarme joue aussi favorablement sur les comportements ».
Cela n'a pas toujours été le cas et le professionnel garde encore en mémoire des images qui, assure-t-il, resteront à jamais gravées : « Ma pire intervention remonte à quelques mois avant les jeux olympiques, elle s'était produite sur la voie express, un jeune homme circulant à bord d'une R9, en conduite accompagnée, avait percuté de plein fouet un car. Quand je suis arrivé sur les lieux, le décor était abstrait : les corps de ses grands-parents gisaient sur la route, les jambes à l'envers. Il a fallu qu'avec un confrère, nous tirions en même temps le bus et l'auto pour dégager le conducteur encore en vie ». Peut-être plus terrible encore, cette fois où il est appelé pour un accident à La Bâthie concernant son fils et sa belle-fille : « Quand je suis arrivé sur place et que j'ai vu la voiture aplatie comme une crêpe, je me suis dit qu'ils n'avaient pas pu s'en sortir vivants. L'auto était sortie de route à plus de 100 km/h, stoppant sa course après six tonneaux. Ils ont dû leur survie à un détail, la banquette arrière s'est brisée dans le choc, ce qui fait que le toit ne les a pas écrasés... cette intervention, je l'ai faite en pleurant ». Une autre fois, dans une chaussure oubliée dans une BM accidentée, il a retrouvé un pied : « « Les nuits sont difficiles après , confie-t-il. Et puis moi qui aime la vitesse, toutes ces expériences m'ont incité à la prudence  ».
Ces dernières années, les drames sont heureusement moins nombreux... restent toujours des interventions parfois complexes, sinon impossibles : «  Route de Beaufort, une voiture avait sauté dans le ravin et se trouvait à 30 ou 40 mètres en contrebas, nous n'avons pas eu d'autres choix que de faire appel à un hélicoptère ».

Une chute de 30 à 40 mètres...
André Depollier possède deux camions, une remorque et un 4x4... « Un 4x4 pour des opérations très particulières révèle-t-il : parfois, il faut que nous allions chercher dans les bois une voiture volée qui a été incendiée, comme les camions ne passent pas, il faut la tirer avec le 4x4 avant de la monter sur le plateau ».
Dans le bassin albertvillois, il ne déplore pas la concurrence déloyale telle qu'elle est exprimée à la télé : une association de dépanneurs a été créée  : elle regroupe 4 professionnels agréés pour aller sur la voie express. Ils officient à tour de rôle entre Gilly et Feisson et les gendarmes connaissent leur numéro « Le respect de notre charte est essentiel au bon fonctionnement du système. Après, des jours comme le samedi noir où tout est bouché, nous ne pouvons pas faire de miracles, même avec la meilleure volonté du monde » . Et si le premier ne répond pas ou est empêché, c'est le second qui assume le déplacement, « C'est super bien organisé, conclut André Depollier ».

JOHAN FABIN

Journal La Savoie
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