Albertville

jeudi 26.02.2015, 14:00

« Combattre la peur pour se rapprocher des autres »

Marcel N'Goma est diacre à la paroisse d'Albertville. Originaire du Gabon, cet homme arrive en France en 1969. Il étudie à l'université catholique de Lyon où il rencontre sa future femme.

Avec elle, il aura 4 enfants et 10 petits enfants. Avant la retraite, Marcel nous explique qu'il était menuisier, mais sa vocation a toujours été tournée vers Dieu. Entretien.
Pouvez-vous nous expliquer ce qu'est un diacre ?
Le premier diacre fut Saint Étienne. Lorsqu'il n'y a pas assez de prêtres, un évêque remet le pouvoir à un laïc afin que celui-ci donne les sacrements. Un diacre peut dire la messe, baptiser, enterrer, ou encore marier. Par contre, il ne peut donner ni la confession, ni l'extrême-onction.
Comment l'êtes-vous devenu ?
Un évêque est venu chez moi à Venthon, je lui ai dit que je voulais être diacre mais il m'a dit que ce n'était pas possible car il y avait assez de prêtres en France, donc j'ai laissé tomber. J'ai attendu 20 ans, et un jour que je me promenais à Albertville, j'ai rencontré un prêtre, Rémi Doche, qui m'a demandé "Marcel, est-ce que vous voulez devenir diacre ? ". Je me suis mis à rire, d'un rire éclatant. Je lui ai répondu qu'il fallait venir à la maison pour demander aux enfants. Il est venu et mes enfants ont répondu oui. C'est une décision familiale.
Quand intervenez-vous à la paroisse ?
Quand je suis bien, en ce moment je suis malade, mais j'interviens tout le temps. J'y vais tous les dimanches, et ce n'est pas parce que je suis diacre, mais parce que je suis chrétien. Déjà, même quand j'étais enfant, au Gabon, je faisais 25km à pied pour aller à la messe.
Quelle a été votre mission au sein de la prison d'Aiton ?
Pendant 15 ans je suis intervenu à la prison, les samedis et mercredis. Les hommes qui le voulaient se réunissaient dans une salle de réunion et on lisait la Bible. J'ai rencontré des musulmans aussi, qui venaient écouter l'Évangile, même si des imams interviennent aussi, ainsi que des pasteurs protestants.
Les prisonniers, ce sont des hommes comme nous, qui ont commis des erreurs. Là-bas j'ai connu tout le monde : pas seulement des pauvres, mais aussi des docteurs, des gendarmes. À 75 ans, j'ai dû partir, car c'est l'âge limite d'intervention dans les prisons selon la Loi. Quand j'ai quitté la prison, avec les prisonniers, nous avons pleuré, parce que je les aimais bien et eux aussi ils m'aimaient bien.
Vous intervenez aussi auprès des alcooliques, à travers le mouvement "Vie Libre", qui est non confessionnel. Quelle approche adoptez-vous, est-ce que vous vous appuyez toujours sur les Évangiles ?
Oui, j'interviens auprès des alcooliques, parce que c'est ma mission. Il faut accompagner les alcooliques, sans les forcer : discuter avec eux. Je n'ai pas besoin de parler des Évangiles pour témoigner de ma vie intérieure.
En ce qui concerne les migrants, comment intervenez-vous auprès d'eux ?
J'interviens quand ils m'appellent, dans trois maisons : la maison des femmes battues, le centre d'accueil des demandeurs d'asile et le centre d'hébergement d'urgence. Je fais partie de la Coordination des demandeurs d'asile, dans lequel intervient le Secours catholique, Amnesty International et la Pastorale des Migrants.
Ce besoin d'aider les pauvres provient-il de votre propre expérience au Gabon ?
Je ne peux pas dire que j'étais dans une famille pauvre. Mon père était le chef du village, il était polygame et il avait une vingtaine d'enfants. On n'a pas connu ce qu'on appelle la pauvreté. On vivait tout naturellement, on mangeait ce qu'on cultivait nous-même, comme ici autrefois.
Face à toute la barbarie qui ronge le monde actuellement, par exemple avec la guerre déclarée par l'État Islamique, comment réagir, que faire au quotidien ?
C'est difficile de répondre. Déjà ce n'est pas une guerre de religions, mais une guerre de personnes qui se battent. Les guerres ont toujours existé, aujourd'hui nous sommes encore dedans, c'est malheureux de voir ça. Quand on voit les tombes profanées, les mosquées brûlées, ce n'est pas la religion qui fait ça, ce sont les hommes. Je pense qu'il faut combattre la peur pour se rapprocher des autres communautés. C'est la rencontre qui est la solution. Une fois que tu as rencontré quelqu'un, que tu lui parles, le mur est cassé, donc il faut se parler.
ENTRETIEN REALISE
PAR MANDY COMBAZ


Journal La Savoie
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