Albertville

jeudi 26.02.2015, 14:00

Maisons de retraite : une vision inquiète de l'accueil

Trois établissements spécialisés dans l'accueil des personnes âgées, trois visions concrètes de la manière dont est assuré l'accueil de ces personnes qui arrivent de plus en plus tard (entre 83 et 85 ans voire plus) et dans des situations de plus en plus complexes de dépendance.


A la résidence Saint-Sébastien d'Albertville, le directeur exprime clairement manquer de moyens pour assurer la prise en charge de ce qu'il considère pour autant comme des situations normales. « Les autorités ne nous donnent pas les moyens de les accueillir. En cinq années, les niveaux de dépendance ont progressé de 20 %. Ils se sont stabilisés, mais assez haut. Si nous avions plus de moyens et de personnels, nous pourrions clairement mieux travailler, mais ce n'est pas le cas et c'est dommage. » Il affirme que l'Etat ne tient pas ses engagements en matière de subvention « alors que l'on fait faire des économies à la collectivité. Les renouvellements des conventions ont aujourd'hui trois années de retard ». Une remarque soulignant le décalage grandissant entre la réalité, la réglementation et le financement.
Un point de vue qui n'est pas partagé par la directrice du Home du Vernay à Esserts-Blay. Hormis pour le retard dans le renouvellement des conventions.
« Nous n'accueillons que des personnes âgées dépendantes. Nous sommes spécialisés Alzheimer, etc. Et je pense que nous sommes correctement dotés pour très bien travailler. On pourrait toujours demander plus, mais la situation est très correcte. » Pourtant, elle souligne une évolution qui s'avère déjà difficile à prendre en compte. « Il y a un constat général autour du rajeunissement de la population Alzheimer. Cela commence maintenant aux alentours de quarante ans. Nous obtenons des dérogations pour la prise en charge mais uniquement à partir de 60 ans. ». Sans doute soulève-t-elle là l'urgence de réponses à ces pertes d'autonomie en pleine évolution.
Du côté de la maison de retraite Notre-Dame des Vignes à Albertville, la directrice confirme que « le contexte n'est pas facile », assurant aussi qu'il « n'y a pas assez de place en EHPAD pour ces personnes âgées.
Malgré une bonne coordination entre EHPAD. Coordination qui nous permet quelques fois de résoudre des problèmes ».
De son point de vue aussi, les gens repoussent l'arrivée en maison de retraite « et les demandes se font en urgence ».
Pas simple à concilier au regard des demandes plus préparées, anticipées. Pour la directrice, les financements liés aux conventions sont établis sur des données moyennes de situation des personnes « ce qui ne prend par exemple pas en compte les efforts que nous faisons à Notre-Dame des Vignes ». Un décalage qui grandit avec la réalité et qui se retrouve aussi, selon elle, pour le taux d'encadrement. « Par rapport à des établissements qui accueillent des personnes handicapées, on part de très loin. Le décalage est énorme. » Et c'est dans le quotidien des résidents et des personnels que les conséquences s'expriment.
« Les résidents ont de plus en plus de besoins, le temps consacré et le nombre de tâches augmentent. L'impact touche tous ceux qui sont en direct avec les résidents. Jusqu'en cuisine, avec des régimes spéciaux ou en lingerie. »
L. M.

Journal La Savoie
Prises en charges très lourdes, personnels surchargés, la CGT réagit

« Les établissements existants font ce qu'ils peuvent avec les moyens qu'on leur donne. C'est le ministère qui devrait anticiper l'évolution des situations au lieu de tout faire pour augmenter la part payée par les familles », lance Marie-Claude Martine, syndicaliste CGT au centre hospitalier d'Albertville. Elle connaît bien le contexte de la maison Claude Léger à Albertville et des Cordeliers à Moûtiers. Son regard sur la situation des établissements et des personnels qui y travaillent est très inquiet.
« Il n'y a rien de nouveau sous le soleil ! C'est de plus en plus difficile. La population est de plus en plus dépendante et les moyens ne suivent pas. » Pour l'année 2014, stipule-t-elle, « l'augmentation des financements est de 0 %. Pour 2015, ce sera sans doute la même chose. » Elle considère qu'à Claude Léger, la situation n'est pas brillante, « c'est encore pire aux Cordeliers. Les locaux ne sont plus du tout fonctionnels. A Claude Léger des travaux de reconstruction sont prévus, mais ils n'interviendront pas avant au moins deux ans. Alors d'ici là... » De plus en plus, elle constate partout, le cloisonnement entre les services, les établissements. De quoi encore aggraver les phénomènes. « Il faut faire sauter ces cloisonnements et retrouver du dialogue de la collaboration, du partenariat. C'est source d'économie d'argent, d'équipement... » Et ce pourrait être une mutualisation profitable des compétences.
Surtout, elle déplore dans tout cela qu'on oublie qu' « on a de l'humain entre les mains ». Et insiste pour qu'on « revienne à l'humain. Qu'on reparte de là et qu'on adapte les moyens ». « Au conseil de la vie sociale, dont je fais partie, on entend régulièrement la souffrance des familles. » Familles et douleurs qui sont prises en compte, mais encore une fois dans une réalité trop en décalage.
La maison Claude Léger, la CGT a beaucoup oeuvré pour obtenir qu'elle soit transformée. Il y a quelques années, le syndicat avait diffusé un document papier intitulé "Pouvoir vieillir dans la dignité". S'attachant à proposer des axes d'amélioration de la prise en charge de la perte d'autonomie. Prévention, financements, augmentation du personnel y figurent avec la requête de création immédiate d'un grand service public d'accompagnement des personnes âgées. « Pour nous c'est un choix de société qui est en jeu. »
L. M.

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