Savoie

|Daniel Payot|

jeudi 27.11.2014, 14:00

« Un bon élu, c'est un élu cabossé »

« Un bon élu, c'est un élu cabossé » « Un bon élu, c'est un élu cabossé »

Daniel Payot aime tapisser son mur facebook de citations, morceaux choisis : « Ce qui est fait est fait, ce qui est arrivé est arrivé, on ne peut changer le passé.

On ne peut que l'accepter, aussi douloureux soit-il. Mais on peut construire son avenir, en regardant devant soi. Avec comme bagage et expérience, les leçons apprises du passé ! » ; « Seulement ceux qui prendront le risque d'aller trop loin découvriront jusqu'où on peut aller » ; « Le temps m'a appris à garder l'espoir, mais à ne jamais lui accorder une confiance excessive. L'espoir est cruel et vaniteux, sans conscience ».

Daniel Payot a traversé quelques tempêtes, la maladie, les déconvenues politiques, la mort de son père, mais plus que l'abattre, ces épreuves l'ont transformé, en ont fait un homme, estime-t-il, plus sage et réfléchi. Patron de l'agence Laforêt à Bourg-Saint-Maurice, il vient de décrocher le titre de meilleure agence immobilière Rhône Alpes ! Toujours plein d'ardeur et d'ambition, mais sans esprit de revanche, il revient sur cette belle aventure.
Daniel Payot, que récompense ce titre ?
Dans toute la France, toutes enseignes confondues, près de 200 agences concourraient. Ce trophée récompense nos résultats en se basant sur plusieurs paramètres : professionnalisme, progression du chiffre d'affaires, retours clients en reconnaissance positive. Dans le contexte d'un marché de l'immobilier compliqué, c'est une belle reconnaissance qui prouve la pertinence des démarches mises en place.
Quelle stratégie avez-vous respectée ?
J'ai misé sur la formation continue et la féminisation des emplois. C'est une orientation plus lourde à gérer, mais qui me paraît plus efficace en matière économique. Au demeurant, je ne me fais pas d'illusion, rien n'est jamais acquis.
Vous êtes un vrai paradoxe : vous réussissez dans un secteur en crise et dans une région qui vient de connaître un véritable bouleversement avec le départ du 7 !
J'ai toujours défendu l'idée que le départ du 7, au titre de l'immobilier, serait une opportunité. Départi de mes mandats d'élu, j'ai pris contact avec la société nationale immobilière qui gère le parc militaire. Ils vendaient ici pour financer leurs achats sur Varces. En leur rachetant des appartements, j'étais persuadé que je toucherai des gens qui travaillaient ici, mais ne disposaient pas des moyens pour y habiter, ou des familles qui logeaient en station mais souhaitaient rejoindre la vallée pour que leurs enfants puissent y suivre leur scolarité. J'ai repris l'enseigne Laforêt en 2012 en recrutant deux personnes. Nous sommes aujourd'hui 14. En ce moment, la période est plus tendue, mais globalement, l'agence devrait tourner avec entre 10 et 14 salariés.
Que vous a appris cette nouvelle orientation professionnelle ?
Tout. Ma franchise m'a apporté les outils pour devenir un vrai professionnel de l'immobilier, avant, j'étais juste un bon vendeur. Dans le contexte actuel, ce n'est plus possible de bricoler, il faut se former, acquérir une rigueur dans un métier qui requiert de l'expertise dans de nombreux domaines. Moi qui avais un tempérament explosif, il a fallu que j'apprenne à petit pas la patience et la tolérance, que je m'aguerrisse à l'informatique, au juridique et à l'économique. J'ai appris à accepter que nous n'allions pas tous à la même vitesse. J'ai changé intérieurement... et curieusement, aujourd'hui, je marche dix fois moins vite !
Vous insistez souvent sur la féminisation de votre personnel... Est-ce tellement mieux ? Si simple à gérer ?
Non, c'est compliqué, et comme dans toute organisation, ça a ses avantages et ses inconvénients. Personnellement, j'estime que les femmes possèdent les qualités essentielles à l'immobilier : elles sont pugnaces, savent faire plusieurs choses à la fois et n'hésitent jamais à se remettre en question. Après, comme dans toute équipe qui grossit rapidement, il faut humainement adapter ses outils de gestion, et en la matière, je pense qu'il est plus simple de manager des hommes que des femmes. Mais dans l'ensemble, ça se passe plutôt bien.
Cette réussite et la reconnaissance associée... c'est une sorte de revanche, non ?
Non, je n'ai pas de revanche à prendre, j'ai toujours tout entrepris avec le coeur et les tripes, en me trompant parfois par excès d'enthousiasme. Mais non, je n'ai pas d'aigreur, j'aime ma ville, ses habitants, la vallée. Cette réussite montre juste qu'avec de l'énergie, de la foi et un plan de route bien précis, on peut créer de l'emploi, trouver des solutions aux difficultés qui se présentent, réussir !
Vos mésaventures politiques vous ont atteint tout de même ? !
L'élu n'est qu'un outil de la société et on a estimé que je n'étais plus approprié. J'ai été au bout de mes engagements en essayant d'amener réflexions et visions pour demain... mon seul regret est qu'elles n'aient pas été entendues à Bourg mais reprises plus loin... Un jour, on m'a dit qu'un bon élu, c'était un élu cabossé, que c'était dans la difficulté et les échecs que l'on prenait conscience de ces déficiences. Si un jour je suis à nouveau élu, je serai différent dans mon approche de la fonction.
« Le propre de mon âge, c'est qu'on ne reproduit pas deux fois la même erreur » En tout cas, elle sera fondée sur l'optimisme !
Le négatif n'apporte rien d'autre que du négatif et la France souffre de cette spirale défaitiste ! Si tu te réveilles le matin en te disant que ce que tu vas faire sera bien et que tu apporteras aux autres, alors tu t'es levé du bon pied. Le cas contraire, tu pètes un câble. Moi aussi j'ai mes jours noirs, mais ni moi ni les autres n'auront à gagner d'une attitude sombre et résignée.
Sur facebook, vous glissez tous les soirs des citations, quel est le message général ?
Qu'il faut être courageux dans la vie et que ce qui est fait est fait. Nous avons tous nos problèmes, tous ramé, tous ramassé, la question, c'est, me sers-je de cette expérience pour me désoler ? Ou plutôt pour construire l'avenir ? Le propre de mon âge, c'est qu'on ne reproduit pas deux fois la même erreur.
Vous parlez beaucoup de votre père, de sa disparition qui vous a affecté. Il a tant compté dans votre vie ?
Il me manque beaucoup et je ne me suis pas rendu compte à quel point c'était un sage et combien il avait inspiré ma vie. j'ai pris cher d'en prendre conscience si tard. J'étais aveuglé par cette mayonnaise politique que j'assume, mais que je subissais. Depuis trois ans qu'il est parti, je vais sur son chemin de la sagesse, je m'inspire de ce qu'il m'a laissé en partant.
Vous n'avez pas d'amertume ?
Je n'oublie pas tout, mais je n'ai pas la dent dure, il y a tellement de façon de réussir, je le sais quand je contemple mes cinq enfants.

Entretien réalisé par Johan Fabin

Journal La Savoie
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