La blessure, puis le sacre

Antoine Dénériaz est né le 6 mars 1976 à Bonneville. Originaire de Morillon c'est avec son père Alain, aujourd'hui encore maire du village, alors moniteur et entraîneur au ski-club, qu'il goûte aux planches. À 20 ans, c'est sa première Coupe du monde à Val d'Isère. Il décroche ses premiers JO d'hiver à Salt Lake City en 2002 où il fait 12e de la descente. Puis Il remporte Val Gardena deux années de suite, empochant un total de 3 victoires en Coupe du monde (Val Gardena et Lillehammer) et 6 podiums. Début 2005, il se “fait” les ligaments croisés du genou sur le Kandahar de Chamonix - Les Houches. Et remporte l'or à Turin le 12 février 2006. Il annonce sa retraite sportive en février 2007, crée sa marque en 2009, obtient en 2012 un Mastère ESSEC “Sport Marketing International”. Il est chevalier de la Légion d'honneur.

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Janvier 2014

Antoine Dénériaz :« A Sotchi, le bilan de l'équipe de France peut être le meilleur de l'histoire »

Antoine Dénériaz, ancien champion olympique de descente Antoine Dénériaz, ancien champion olympique de descente

L'ancien champion olympique de descente, originaire de Morillon, est devenu son propre patron. Il a créé la marque Dénériaz de casques, lunettes, sous-vêtements et skis. Il est actuellement en pleine préparation du salon professionnel de Munich. À un mois de Sotchi, il prend un moment pour parler ski et nouvelle vie.


Votre marque, c'est ce qui vous fait courir aujourd'hui ?



Oui. Aujourd'hui la marque m'occupe à plein temps. Je l'avais commencée bien avant la fin de ma carrière. Je l'avais déposée fin 2008 et les premiers produits ont été vendus en 2009. Le Mastère, je l'ai fini à l'été 2012. Je m'investis aussi dans les sorties ski VIP et les interventions en séminaires d'entreprises. J'essaie d'utiliser tout ce que j'ai appris dans mon diplôme !

Comment s'est construite votre reconversion ?

La fin de ma carrière a coïncidé avec l'arrêt de la marque Cébé qui me sponsorisait. Je pensais créer ma marque depuis un moment et ça m'a donné l'idée de m'attaquer à une marque de casques. À l'époque je m'étais adossé à Vola (NDLR : entreprise basée à Passy, de 73 ans). Grâce à mes contacts de carrière et ceux chez Cébé, j'ai réussi à retrouver les fabricants, des intervenants. J'ai commencé en apprenant sur le tas et en mettant les mains dans le cambouis de A à Z. J'allais déjà choisir les produits, finitions, collections, j'allais dans les salons Ensuite, j'ai eu un nouveau partenariat avec Monnet. J'ai beaucoup appris sur le tas et j'ai alors ressenti le besoin d'apprendre des bases marketing, commerciales, business plus solides.

Comment se structure votre marque ?

Aujourd'hui la marque c'est essentiellement moi. Les produits sont distribués par Monnet sous licence. Le reste c'est moi qui m'en occupe : conception, choix des collections, positionnement J'ai un expert-comptable, des fournisseurs, une graphiste sur Paris, je bosse avec des intervenants et ma femme me donne un coup de main. Et puis voilà.

Avec désormais des skis Dénériaz que vous avez livrés vous-même en station cet hiver ?

Oui je fais beaucoup de choses, notamment ça ! (Rires) Les skis sont en magasin pour la première fois cet hiver. C'est vraiment la niche de la niche, du très haut de gamme. Il y en a à Megève, Courchevel, Val d'Isère et Paris. Ils ont été développés chez Zai, un fabricant suisse. J'ai acheté un stock que je gère, c'est donc vraiment moi qui les reçois, les stocke et les commercialise.

Une reconversion réussie mais tardive cependant, non ?

Quand j'ai arrêté ma carrière je n'avais rien prévu. Heureusement que mes partenaires ont été sympas comme Salomon et Grand Massif qui m'ont conservé comme ambassadeur pendant deux ou trois ans. C'est là que je me suis dit qu'il fallait se bouger les fesses ! Je m'y suis donc pris plutôt tard. Mais tous les sports ne sont pas égaux devant la possibilité d'études ou de reconversion. Le ski c'est dur, j'étais en déplacement 200/250 jours par an et je m'entraînais le reste du temps à la maison. L'emploi du temps change tout le temps. Après, la chance qu'on a, c'est que le ski évolue dans une économie très importante avec énormément de possibilités de reconversion. Stations, office de tourisme, marques, monitorat En général tous les skieurs trouvent.

Faut-il rendre le port du casque obligatoire ?

Le rendre obligatoire je ne sais pas si ce serait la solution, mais le conseiller fortement, bien sûr, oui. On est vraiment en retard. En Suisse on dépasse les 90 % de skieurs équipés. En France chez les adultes on a du mal à atteindre les 20 %. Dès 5 ou 10 km/h on peut se faire mal et le risque vient aussi des autres. Ce qu'il faudrait, c'est que tous les professionnels de la neige le portent, et ce n'est pas forcément le cas comme au niveau des moniteurs, pisteurs, et c'est dommage. À vélo ça ne viendrait pas à l'idée d'y aller sans casque, moi je me sentirais tout nu !

Pourtant quand le peloton professionnel a été obligé de le porter, ça avait grogné !

Quand j'ai attaqué mes premières années FIS, le casque n'était pas obligatoire. On faisait du géant, du slalom sans casque. Au début quand on nous l'a imposé on rigolait, on disait: « Ils nous embêtent avec ça ! » Aujourd'hui pas un skieur de club ne skierait sans casque.

Que pensez-vous du choix de Sotchi, avec une construction de sites ex nihilo et les questions de droits de l'Homme qui se posent ?

C'est important de véhiculer les saines valeurs de l'olympisme, c'est un moment de partage. J'adore les JO, je suis champion olympique et sans les Jeux je ne serais pas ce que je suis. Mais il y a des jours où je ne suis pas dupe de tout. Il y a des petites choses qui me rendent un peu perplexe, des choses embarrassantes. C'est dur de parler de Sotchi, je n'y suis jamais allé. Mais ce qui me dérange c'est qu'on aille construire des choses de A à Z dans des territoires vierges, alors qu'il y aurait moyen de faire de très beaux Jeux dans des structures existantes, à échelle humaine et respectueux de l'environnement.

N'est-ce pas pharaonique ?

Les Jeux ont atteint une telle taille que c'est dur à gérer. Le CIO se place en développeur du sport dans des régions où il est peu développé : ici Russie, puis en Asie ensuite avec Pyeong-Chang. Ça se défend. On voit d'abord les millions dépensés, mais c'est aussi ce qui s'est passé à Albertville. Aujourd'hui peu de gens diraient: « On n'en veut pas ». Ça a développé notre région, notre économie. La dette des Jeux n'est pas due à l'événement sportif mais aux infrastructures. Or elles servent à tout le monde. On a construit la voie rapide en Tarentaise, le tunnel de l'Épine. Ça booste une économie. Peut-être que pour la Russie c'est la même chose et qu'on verra ça différemment dans 20 ou 30 ans. Mais je comprends que ça puisse faire peur. Malheureusement, aussi, on utilise parfois les épreuves sportives comme bras de levier pour communiquer sur des causes, souvent fondées. Mais les JO ce sont surtout des épreuves sportives, les athlètes s'entraînent depuis des années, une vie, pour y participer et c'est dommage qu'on les prenne un peu en otage pour faire pression sur des idées politiques. Ce n'est pas au sport de régler les problèmes du monde entier.

De quoi faire regretter Annecy 2018 en tout cas. Un gâchis ?

Non, non, ce n'est pas un gâchis. Ça a permis de mettre la lumière sur notre région. Il y a eu énormément de publicité, de presse étrangère. Ça a replacé Annecy et les stations alentours sur la carte. Des études ont été faites pour développer de futures structures qui pourront servir un jour. C'est vrai qu'on a pris une énorme claque et ça a été dur sur le plan de l'ego. Mais ce qui a été véhiculé a été constructif. Par rapport à Sotchi qui construit tout à partir de rien, avec Annecy on était dans le vrai : ne pas faire plus, mais mieux, repenser la montagne.

Comment voyez-vous ces Jeux pour les Bleus ?

Je les vois toujours beaux ! Depuis les blessures de Tessa Worley et Marion Rolland, un peu plus durs pour le ski alpin féminin. Mais il y a eu le podium de Nastasia Noens récemment. Tout est possible aux JO, des filles avec du talent, il y en a. Il faudra qu'elles sachent se dépasser le jour J. Il faut y aller pour jouer un coup. Chez les hommes c'est différent : on a pas mal de leaders capables de monter sur les podiums tous les week-ends : Pinturault, Grange qui revient fort, Adrien Theaux, Yoann Claret On a vraiment de grandes chances de médailles dans toutes les disciplines. Il y a aussi de grandes chances avec le biathlon ou Maurice Manificat. Le bilan de l'équipe de France olympique peut-être le meilleur de l'histoire malgré les blessures.

Ressentez-vous parfois de la nostalgie ?

Bien sûr, chaque hiver me rappelle ma carrière, ça a été 20 à 30 ans de ma vie et ça l'est toujours. Chaque fois que je revois la neige tomber ça me remémore de bons souvenirs. Dès que je peux, je regarde les courses et quand elles se déroulent dans des endroits où j'ai des souvenirs il y a des moments de nostalgie. J'ai vécu tellement de beaux moments que je n'oublierai jamais Mais c'est rangé dans le tiroir des souvenirs, il faut aussi regarder l'avenir.

Où se situe le manque : la compétition, les sensations de vitesse ?

C'est le plaisir des bonnes sensations des courses que j'ai gagnées, où j'ai fait des podiums. Bon, parfois j'ai eu de bonnes sensations sans gagner C'est cette sensation de vitesse, de plaisir, de jours où je me sentais tellement fort et bien, que j'avais l'impression d'être invincible. Les quelques jours où j'ai franchi la ligne en levant les bras, c'est inoubliable ; des moments qui manquent un peu et que je revis par procuration quand des Français le font.

Qui voyez-vous en descente à Sotchi ?

Le gros favori c'est Svindal. Après je vois bien Bode Miller qui est capable de tout et revient très fort, puis je vois Adrien Theaux aller chercher une médaille. Pour moi c'est le podium, après, dans quel ordre

Vous êtes-vous déjà demandé ce que serait votre vie sans la médaille d'or ?

Ça aurait changé beaucoup de choses. Au point, avec le recul, que je ne sais même pas si ma fin de carrière aurait été la même. La gamelle que je prends à Aare trois semaines après, je la prends un peu à cause des JO. C'est la dernière Coupe du monde de la saison, j'arrive fatigué, c'est la piste des Mondiaux. J'avais l'énorme envie d'enfoncer le clou, je me sentais invincible, sur une piste que j'adorais et je n'ai pas eu le sang froid de me dire: « Vas-y juste pour finir la saison tranquille ».

Après c'est sûr que la plupart des opportunités que j'ai eues, c'est grâce à ma médaille. Oui, ma vie aurait été toute autre sans elle. Mais la page est tournée. J'ai aujourd'hui ma « vie normale », une belle vie avec une reconversion qui me passionne et une vie de père de famille également passionnante.

PROPOS RECUEILLIS PAR DAVID GOSSART

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